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Les auteurs
Pr Abdou Salam FALL
Pr Rokhaya CISSE
Dr Soufianou MOUSSA
Dr Saliou NGOM


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Étude sur les vulnérabilités au Sénégal (1.67 Mo) 1.67 Mo

Les vulnérabilités sont définies comme des situations d’exposition à des manques, privations et exclusions vécus par les individus. Ces vulnérabilités se traduisent par un rapport défavorable aux risques conduisant à des fragilités et à de l’instabilité pour certains groupes sociaux qui perdent ainsi leurs capacités à valoriser leurs potentialités ainsi que leur défense. Les vulnérabilités apparaissent comme étant l’antichambre de la pauvreté et des différentes formes d’exclusion sociale et de non participation à la vie citoyenne.

L’étude s’inscrit dans une dynamique qui prend en compte la fabrique des vulnérabilités dans la durée. Ainsi, notre approche des vulnérabilités se fonde sur des logiques d'interdépendance plus globales mettant en lien les dimensions multisectorielles du vécu des groupes concernés.

Une approche méthodologique mixte (quantitative et qualitative) a été privilégiée dans le cadre de cette étude de systématisation afin de mieux saisir les différentes dimensions des vulnérabilités et leurs interrelations. Le volet quantitatif a consisté à exploiter de manière approfondie les bases de données pertinentes disponibles au LARTES, qui traitent entre autres de l’éducation, la protection sociale, les conditions de vie des ménages et l’employabilité des jeunes. Les données Jàngandoo 2019 ont été particulièrement mises à contribution du fait de la diversité des données et de la représentativité départementale de l’enquête. En effet, elle a permis de faire le point sur les conditions de vie des ménages ; les vulnérabilités alimentaire, éducationnelle et sanitaire ; la situation de handicap chez les enfants ; l’accès à une protection sociale. De la même manière, les données qualitatives ont été extraites des corpus d’entretiens et de récits de vie recueillis lors des enquêtes du LARTES dans les domaines de la protection sociale, les difficultés d’accès aux soins de santé, les difficultés d’accès à l’école, etc.

L’analyse des données s’est organisée en trois étapes : d’abord, les analyses descriptives ont été réalisées afin d’identifier les profils de vulnérabilité. Cette première étape s’est étendue à une analyse comparée sur les profils socio-économiques entre les individus vulnérables et ceux qui ne le sont pas. De même, une cartographie des vulnérabilités des ménages est proposée suivant les variables telles que l’habitat et les ressources matérielles possédées. Ensuite, un indice de vulnérabilité des ménages fait la somme des types des vulnérabilités auxquels font face les ménages. Enfin, une analyse des correspondances multiples (ACM) a porté sur l’ensemble des variables unitaires caractéristiques des ménages, synthétisées sous forme de proxy à trois niveaux des conditions de vie (« élevées », « moyennes » et « faibles »). Cette méthode a conduit à la détermination des caractéristiques des individus vulnérables comparativement à ceux non vulnérables.

Les résultats sont organisés en trois blocs qui présentent les ressorts des vulnérabilités. Le premier bloc désigne les aspects liés à la gouvernance et à l’iniquité territoriale. Les effets de cette gouvernance se déclinent en quatre facteurs majeurs, à savoir : (i) le déficit d'investissements structurants et d'équipements ; (ii) les difficultés d’accès, le coût élevé et la faible qualité des services ; (iii) la ruralité et le manque d’éducation ; (iv) la faiblesse des systèmes de protection sociale.

Le deuxième bloc fait référence aux mécanismes endogènes et sociétaux. Il s’agit des conditions sociales, notamment : (i) l’affaiblissement des institutions sociales (famille, quartiers, associations, genre, générations) ; (ii) la forte pression communautaire ; (iii) les difficultés d’accès à l’information qui sont brouillées par les rumeurs, les fausses nouvelles, la facilité d’accès à des stéréotypes et autres biais via le digital.

Le troisième bloc traite des chocs exogènes et de la non maitrise de l’environnement qui se manifestent par : (i) les crises économiques, financières et sanitaires ayant entraîné des chocs exogènes qui ont favorisé davantage de dépendance de l’économie sénégalaise face aux systèmes de régulation internationale ; (ii) le changement climatique et la crise agricole ayant suscité une production agricole faible, des pertes post récoltes importantes et l’exposition à un déficit des dispositifs de stockage et de conditionnement, voire de transformation agroalimentaire. Il apparaît que les vulnérabilités sont structurelles, mais une marge d’action des acteurs persiste. Les acteurs les utilisent pour réinventer leurs espaces de vie et s’organisent dans des mouvements sociaux en donnant plus de visibilité à leurs actions.

Les pistes d’actions proposées vont dans le sens de l’analyse des orientations des investissements et de leur articulation avec les évidences scientifiques. Il conviendra de favoriser l’engagement associatif et civique des catégories les plus vulnérables et de travailler à la création de richesses par les familles, à travers les structures de l’économie sociale solidaire (mutuelles, coopératives, associations entreprenantes et responsables, entreprises sociales). Les communautés doivent être accompagnées afin de s’organiser pour prévenir ou faire face aux chocs. La mise en place de fonds et/ou d’assurances contre les calamités permettrait d’anticiper, de prévenir et de prendre en charge les conséquences des risques climatiques et autres dommages.

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